Olena
Opera en six scènes pour soprano et choeur
composé par Patrick OTTO Livret de Sophie BUTTNER
L’intrigue est imaginaire mais se fonde sur des faits réels. Faisons la part des choses.
La pièce en un acte comporte quatre grands personnages.
1-Un groupe de discussion en français, le chœur, personnage fictif.
2- Olena, personnage fictif, est une historienne de l’art ukrainienne d’aujourd’hui spécialiste du prince Michel de Kiev, ce dernier ayant refusé de se soumettre en 1246 aux Mongols. Olena s’intéresse par ailleurs à son épouse la princesse Maria Romanovna. Le prince et la princesse ont bien existés et ne sont que mentionnés ici.
3-Pavlo, mari d’Olena, personnage fictif, que nous entendrons ponctuellement par les pupitres hommes.
4-Enfin comme cela est souvent le cas dans les groupes de discussion, un intrus ou trolls’immisce, change d’identité et a pour premier nom Nietpou.
Trois observations méritent d’être précisées.
Elles concernent la fable, la structure de la pièce et les références.
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La fable
Olena est chargée d’enquêter sur les pillages récents de l’armée russe, ces derniers sont malheureusement authentiques, voir à ce sujet le travail effectué par l’avocate Oleksandra Matviichuk. Par ailleurs elle profite de ses déplacements pour essayer d’avoir des nouvelles de son mari, Pavlo, disparu après la chute de Marioupol en 2022. Pavlo, pour vous le présenter, est informaticien et par ailleurs passionné de poésie médiévale française (Marie de France, Rutebeuf, Guillaume de Lorris).
2. La structure de l’ensemble
Six scènes se succèdent en sachant que les quatre premières présentant la situation durent autant que les deux dernières, cinq et six, qui elles, se caractérisent par des péripéties. Les quatre scènes initiales sont dénommées Chœur introductif, Maria Romanovna, Les enquêtes, Nietpou et le deux dernières Pavlo, Dénouement.
3. Les références historiques ou musicales
Ainsi à titre d’exemple dans la première scène, il sera fait brièvement allusion à la guerre de Troie, à l’Orestie plus particulièrement, trilogie du poète grec Eschyle avec le roi Agamemnon, sa femme Clytemnestre et leur fils Oreste, mais également furtivement à Summertime tableau d’Erward Hopper.
S’il y a d’autres références ou allusions à découvrir au fil de la pièce, la seule véritable citation est une chanson ukrainienne tirée du recueil de Lyssenko Mykola, datant de 1872. Elle apparaît à la scène 3.
Références historiques
Afin de construire le personnage d’Olena, l’histoire de l’Ukraine a été questionnée.
Les premiers occupants de l’Ukraine actuelle descendent des Varègues, vikings de Suède, avec pour référence le prince Riourik au IXe siècle. Ce dernier a donné son nom à la dynastie qui lui a succédé, les Riourikides, dont les rebondissements sont nombreux jusqu’à la fin du XVIe siècle et se trouve à l’origine du mot « russe ».
Michel de Kiev dont il est question tout comme Alexandre Nevsky, évoqué ci-après relèvent d’ailleurs des Riourikides.
L’année 1240 est importante et significative. En effet d’une part Kiev est mise à sac par les Mongols, la population passant de cinquante mille à deux mille cinq cents habitants, d’autre part il s’agit de la célèbre bataille de la Neva, remportée d’Alexandre Nevsky, héros fondateur de la Russie, mais ce dernier est alors inféodé aux Mongols et va affronter les Suédois, dont il est par ailleurs un des descendants.
De ces deux attitudes naît un antagonisme puissant, l’un résiste et se sacrifie - Michel de Kiev ; l’autre s’accommode des ennemis d’hier, au point de s’en prendre aux descendants de ses ancêtres, Alexandre Nevsky.
Dramaturgie
Deux duos vont s’entrecroiser, Olena et le groupe de discussion pour le premier, Nietpou et Pavlo pour le second.
Olena, représentée par la soprano soliste et le groupe de discussion incarné par le chœur, restent omniprésents tout au long de la pièce mais semblent évoluer en parallèle.
Le groupe de discussion en français, quelque peu insouciant au début, finit par prendre fait et cause pour Olena et conscience du réel (voir la fin de la scène 5). De son côté Olena, plongée dans un présent jalonné par les vols et les pillages de l’agresseur, semble s’extraire de ses préoccupations professionnelles dès lors qu’il s’agit de Pavlo son mari, disparu à Marioupol.
L’autre couple est représenté par Pavlo, le mari d’Olena et Nietpou, le troll infiltré dans le groupe de discussion. Ce dernier hante les échanges depuis la scène 4, n’est pas représenté formellement sur le plateau, toujours avec des propos rapportés, son statut évoluant défavorablement. A l’inverse Pavlo est plus énigmatique, parfois présent par les voix d’hommes, son destin sera tout autre allant vers plus de lumière.
Ma première approche en tant que compositeur est affective. Outre le fait que mon épouse était pour partie d’origine ukrainienne, j’ai été marqué par l’image forte du début de la guerre déclenchée en 2022 par la Russie, à savoir que des soldats ukrainiens plaçaient en sécurité leur famille pour repartir affronter l’agresseur, scène digne des héros de l’Antiquité.
Enfin le livret a été établi avec la complicité et le talent de Sophie Blettner, sans qui bon nombre de tournures n’auraient pas trouvé leur efficacité. Qu’elle en soit remerciée ici.
Patrick Otto
Autour du Requiem de Mozart
C’est au cours du mois de juillet 1791 que Mozart reçut la commande d’une Messe des morts d’un mystérieux inconnu que Milos Forman a vêtu de noir et dissimulé sous un masque dans son film «AMADEUS ».
La découverte d’un précieux document par le musicologue allemand Otto Eric Deutsch en 1963 permit de connaître une grande partie de la vérité.
On y apprend, en effet, que le comte Von Walsegg qui venait de perdre sa jeune épouse décida pour lui rendre hommage de commander deux œuvres d’art : l’une à un grand sculpteur viennois, une épitaphe, et à Mozart, un Requiem. Mozart ne sut jamais pour qui il devait écrire et se mit au travail avec un intérêt grandissant car il désirait s’essayer à ce genre religieux dont le style pathétique convenait bien à son art.
Sans cesse interrompu par d’autres obligations plus pressantes, sa crainte était de composer pour sa propre cérémonie funèbre.
Plusieurs fois, il s’affaissa sur son travail, évanoui. Parvenu au Lacrimosa, il donna ses instructions à son élève, Süβmayr, qui ne le quittait plus depuis quelques mois.
La mort surprit Mozart le 5 décembre 1791 au milieu de son travail. Constance Mozart, accablée par les dettes, chargea Süβmayr ainsi que deux autres élèves, Eybler et Freystädtler, de terminer cette œuvre impatiemment attendue par son commanditaire et qui fut livrée au début de l’année 1792.
Avec grand respect, Süβmayr combla les lacunes des morceaux notés (seuls l’Introïtus et le Kyrie étaient entièrement achevés) et écrivit le Sanctus et l’Agnus, répétant très opportunément, à la fin, la fugue du Kyrie sur les mots « Cum sanctis tuis ».
Dans le résultat final, le sentiment de Mozart apparaît clairement : c’est ici, comme dans chaque œuvre de 1791, la pensée maçonnique qui domine, la relation de l’ombre et de la lumière, la fraternité avec la misère et la dou- ceur acquise grâce au passage par la mort, « la véritable et excellente amie de l’homme » écrivait Mozart à son père le 4 avril 1787.